La broderie blanche portugaise

Cette photo vous inspire-t-elle ? Oh… gourmand(e) que vous êtes… Je vous vois venir avec votre regard… Il ressemble, à s’y méprendre, à celui de Maître Renard, captivé par le gros camembert de Maître Corbeau perché sur son arbre ! Qu’attendez-vous de moi ? Que je vous livre la recette des macarons les plus délicieux de France ? Que je vous dise quel moment de la journée est le plus propice à la dégustation de ce sympathique petit gâteau à l’amande ? Je sais, un peu de légèreté ne fait de mal à personne. Mais nous avons tous suffisamment mangé durant les fêtes de fin d’année ! Halte aux sucreries et place à la broderie ! Plus précisément à la broderie blanche portugaise. Vous ne connaissez pas le sujet ? Ne vous inquiétez pas ! Aucune interrogation écrite n’est prévue à ce jour ! Dans quelques minutes, vous saurez tout sur l’histoire de cette technique, que pratique la créatrice Yvette Stanton, et sur le matériel et les fournitures qu’il est nécessaire d’utiliser pour la pratiquer.

L’histoire de la broderie blanche portugaise

Il y a quelques années de cela, Yvette Stanton parcourait les vieux ouvrages de sa bibliothèque à la recherche de quelque belle broderie blanche quand une photographie issue d’un livre des années 1960, consacré à la broderie portugaise, l’interpella. Ce qu’elle avait sous les yeux ne ressemblait à rien de ce qu’elle avait pu voir auparavant : une chemise majestueusement brodée au fil blanc, avec une profusion de points de poste associés à des fils tirés. Elle apprend alors que cet ouvrage appartient à un style plus vaste, la broderie de Guimarães, de la ville du même nom dans le nord du Portugal.

Qu’est-ce que la broderie de Guimarães ?
La broderie de Guimarães est monochrome, le choix des couleurs de fil possibles se limitant à six seulement : nuances de blanc, noir, rouge, bleu, gris et beige. Elle s’exécute sur du lin, habituellement blanc ou blanc cassé. Les motifs sont souvent floraux et très délicats. Cette broderie se pratique toujours dans la ville de Guimarães et sa région, en tant que loisir et pour le marché touristique.
Il existe deux styles de broderie de Guimarães.

1 – Le plus commun d’entre eux se compose de motifs stylisés de feuilles, fleurs, guirlandes, cœurs, vrilles et autres tiges grimpantes. Il se travaille en monochrome dans n’importe laquelle des six couleurs officiellement reconnues.

2- La seconde forme de broderie de Guimarães met en œuvre la technique des fils tirés, mettant en forme des carrés, complétée de motifs principalement réalisés au point de poste. Elle s’effectue généralement en blanc sur blanc, les fils rouge, bleu et noir étant rarement utilisés, mais elle n’est plus pratiquée aujourd’hui, la création de jours exigeant une main-d’œuvre importante, qui se répercute sur le prix de vente des ouvrages.

Qu’en pensez-vous ? Cette broderie vous interpelle-t-elle aussi, à l’instar d’Yvette Stanton ? Si tel est le cas, poursuivez votre lecture pour connaître le matériel et les fournitures qu’il vous faudra pour pratiquer cette technique. Pour que ceci vous semble encore plus captivant, je vous offre quelques exemples de motifs brodés en broderie blanche portugaise au fur et à mesure de votre lecture… Oh, joie !

Le matériel et les fournitures

En plus de l’équipement de couture usuel, tel que les épingles et les ciseaux de broderie, vous aurez besoin des fournitures et du matériel suivants pour réaliser des jolis projets en broderie blanche portugaise.

Les aiguilles
Vous utiliserez deux types d’aiguilles : pour tapisserie et mode.

Les aiguilles pour tapisserie sont particulièrement indiquées pour les techniques de jours à fils tirés : leur pointe arrondie leur permet de passer facilement entre les fils du tissu, sans les accrocher ni les percer. Les aiguilles à tapisserie n° 24 sont les mieux adaptées au coton perlé n° 8 généralement employé. Toutefois, la grosseur du chas pouvant varier d’une marque à l’autre, vous devrez peut-être opter pour une taille plus grande ou plus petite.

Les aiguilles mode sont très pratiques pour réaliser les points de poste : leur tige et leur chas ayant un calibre similaire, elles glissent plus aisément entre les tours de fil. Par commodité, elles servent à exécuter tous les autres points de broderie dite « de surface ». Pour ce qui est de leur taille, variable là aussi selon la marque, vous devrez peut-être choisir entre trois d’entre elles : nos 3, 4 et 5.

Une astuce pour déterminer la taille appropriée

Le calibre de l’aiguille doit correspondre approximativement à celui du fil mis à double. Le fil sortant des deux côtés du chas, c’est l’endroit qui est le plus épais. L’aiguille a pour fonction de percer un trou assez gros pour que le fil puisse passer facilement à travers le tissu ou les tours de fil. Si elle est trop fine, elle sera plus difficile à tirer, et le fil s’usera plus vite. Si le vôtre s’abîme, prenez une aiguille plus grosse.

Des tambours et des cadres
Traditionnellement, les brodeuses de Guimarães n’utilisent ni l’un ni l’autre, mais tiennent leur ouvrage dans leurs mains. Cependant, pour celles d’entre vous qui ne sont pas rompues à cette pratique, le recours à un tambour ou un cadre s’avère utile pour maintenir le tissu tendu et exempt de pli.

Une loupe et une lampe
Le tissu employé dans la broderie de Guimarães compte beaucoup de fils par pouce, il se peut donc que vous ayez besoin d’une loupe, en particulier pour compter précisément les fils lors du faufilage et pour l’étape des fils tirés. Une lampe lumière du jour ou lumière naturelle vous garantira par ailleurs un bon éclairage, ce qui est essentiel !

Le marquage du tissu
Pour dessiner les motifs sur le tissu, utilisez un crayon gris ou vert effaçable à l’eau. À défaut, servez‑vous d’un crayon à papier HB bien taillé. Toutes les marques que vous ferez devront soit disparaître au lavage, soit être entièrement recouvertes. Veillez à ce que vos tracés soient fins et légers, plutôt qu’épais et appuyés. Une table lumineuse (ou une fenêtre le cas échéant) facilite le report du dessin.

Le fil
Pour la broderie de Guimarães dans son ensemble, il y a six couleurs DMC approuvées, sachant qu’un ouvrage n’en comporte qu’une seule (les coloris sont très rarement mélangés). Pour la forme qui nous intéresse ici, la broderie blanche, on utilise le plus souvent un fil blanc, et occasionnellement un fil noir, bleu ou rouge. Le travail s’effectue exclusivement avec un coton perlé n° 8.

L’épaisseur des fils diffère légèrement selon les marques. Aussi minime que soit cette différence, elle aura une incidence sur la taille de l’aiguille, qui peut donc varier d’un fil à l’autre. Assurez-vous d’avoir suffisamment de fil pour la totalité de votre projet, car même les nuances de blanc peuvent fluctuer selon le numéro de bain de teinture.

Le tissu
La broderie de Guimarães s’exécute sur un lin 38 count/15 fils par cm (parfois appelé lin 20L), ce qui signifie qu’il comporte 38 fils par pouce (38 dpi : 38 threads per inch), un pouce étant égal à 2,5 cm. Ce lin est généralement blanc ou blanc cassé, mais peut quelquefois être naturel (non blanchi). La broderie blanche portugaise étant basée sur des jours à fils tirés, il est impératif que le lin soit de contexture carrée ou evenweave. Certaines personnes pensent qu’un lin répond à cette exigence du moment qu’il n’est pas flammé, autrement dit si les fils ne présentent pas ces petites irrégularités typiques de ce tissu. C’est faux : le tissage peut être régulier avec ou sans ces épaisseurs fluctuantes. Un tissu est dit evenweave ou de contexture carrée quand il comporte le même nombre de fils de trame et de chaîne sur une distance donnée. Certains lins ont une contexture carrée, et d’autres non. Certains projets requièrent donc de couper le tissu dans le droit-fil, c’est-à-dire le long des fils. De cette façon, l’ouvrage ne se déformera pas comme il le ferait s’il avait été coupé dans le biais.

Maintenant que vous savez tout ce qu’il faut savoir sur la broderie blanche portugaise, je vous propose une petite fiche à télécharger ! Elle contient un tuto pour apprendre à couper les fils et à les retirer ! Car il est vrai que la technique des jours à fils tirés fait souvent assez peur ! Grâce à ce tuto, plus rien ne vous arrêtera !

Je sais, Noël est passé… Mais bon, rien ne vous empêche de vous offrir un joli livre, juste pour le plaisir de broder de magnifiques broderies d’Yvette Stanton ! Cette créatrice a justement publié de très beaux modèles dans le Broderie Créative n° 79 aux éditions de Saxe.

En voici quelques extraits :

J’espère que tout ceci aura éveillé votre curiosité et que vous êtes déjà prêt(e) à vous essayer à cette technique ! Car l’essayer, c’est l’adopter !

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